Il est des interprètes dont la carrière forme un tableau qui illustre la passion dévorante qui les anime. Gustav Leonhardt en fait assurément partie, lui qui durant des décennies a mené une lutte de tous les instants pour redorer les lettres de noblesse de la musique baroque. Ses disques et ses concerts ont largement contribué au renouveau de compositeurs oubliés et ont illuminé d'un nouvel éclat des œuvres connues du répertoire pour clavecin. C'est donc une véritable légende qui était invitée ce samedi au Festival Bach de Lausanne.

Le programme de la soirée, en ligne avec la thématique de cette édition de la manifestation (Bach et l'Italie), propose l'exploration d'œuvres de deux compositeurs ayant influencé, par leur langage musical, le génie de Leipzig: Frescobaldi et son élève Froberger. Une influence bâtie grâce à la circulation de leurs partitions en Europe et à la divulgation d'un style nouveau qui ouvre, un siècle plus tard, les portes de la sophistication baroque en même temps qu'elle favorise la circulation des idées, même auprès de personnages aussi sédentaires que Bach.

Une série de trois Toccate de Frescobaldi ouvre le concert. Autant de perles fraîches et vivaces de l'art du contrepoint que Gustav Leonhardt attaque sans état d'âme, comme s'il s'agissait d'un exercice de dégourdissement. Ce que l'on pense être une façon d'entrer en matière se transforme en constante malheureuse avec l'avancée du programme. Les pièces du compositeur italien se suivent (Capriccio di durezza, Capriccio sopra la Bassa Fiamenga, Ricercar…), cependant l'approche ne change pas: la technique du soliste hollandais est une fabuleuse arme de guerre; il maîtrise et dompte froidement les plus grandes difficultés, mais à aucun moment ce jeu époustouflant ne dégage de la chaleur et ne provoque des émotions. Le visage tendu, l'expression figée et sévère, Gustav Leonhardt enchaîne les pièces comme un moine âgé et las égrènerait son rosaire.

Le répertoire du compositeur allemand Froberger (trois Suites alternées à des Toccate et à d'autres pièces, dont la magnifique Lamentation sur la mort de Ferdinand III) ne modifie pas le scénario. Le touché du claveciniste impressionne par sa rigueur, rarement contredite par de légères imperfections, alors que les teintes solaires de ces compositions demeurent dans l'ombre, tant le jeu de l'interprète manque d'expression.

Festival Bach de Lausanne. Jusqu'au 26 novembre. http://www.lausanne.ch/festivalbach