Certains concerts réjouissent, même s'ils laissent comme un goût d'inabouti. Parce que l'artiste, face au public, assume le risque de déborder ses propres frontières. Il se met en danger au présent, pour élargir ses horizons au futur.

Cédric Pescia aime à le dire, il tient à se réinventer. Et sa Sonate D. 960 de Schubert, jeudi au Théâtre Kléber-Méleau de Renens, fait figure de présage. Le geste est plus ample qu'à l'accoutumée, met tout le corps en mouvement. Un peu trop peut-être: le calme peine à investir pleinement l'intériorité recueillie du premier Allegro, ou la douleur contenue de l'Adagio.

L'essentiel est ailleurs, dans cette respiration plus dense, plus tendue, dans cette présence affirmée et presque autoritaire qu'on ne connaissait pas à Pescia. Les tumultes du dernier mouvement en deviennent violemment inexorables, le son y revêt une puissance pénétrante, irrésistible.

Mais à trop faire preuve de tempérament, Pescia se prive de ce qu'il sait le mieux faire. Ce soin, cette délicatesse funambule dont on le sait capable sont éclipsés par ce nouvel élan. Le pianiste suisse avait pourtant trouvé un certain équilibre dans la première partie, en compagnie de Severin von Eckardstein. Leur Rondo D. 951 pour piano à quatre mains allie à merveille le phrasé étincelant de l'Allemand et la fougue débordante de Pescia. On déguste chaque détail, chaque modulation, sans jamais perdre la ligne directrice. Quelques très beaux Lieder, tirés notamment du Schwanengesang, complètent ce programme. Le ténor Andreas Weller y déploie une présence magnifique de simplicité, fort d'une complicité éprouvée avec le pianiste Götz Payer.