Une euphorie black and pink, un soir où l'automne glace. A la Salle des Eaux-Vives à Genève, un public juvénile siffle de plaisir. Sur scène, Sébastien Boucher, Loïc Dinga et Tatiana Desardouin s'appâtent, bras de poulpe; s'échappent, pattes de crabe; contrefont la petite frappe sous la chasuble; paradent comme sur le terrain vague d'une frime new-yorkaise. A travers Afflux, le chorégraphe français Sébastien Boucher propose une initiation enjouée à la house dance, danse de club qui se confond avec le hip-hop. La prouesse ici - cette aristocratie de la rue - n'est pas reine. Elle se fond dans une leçon d'histoire en accéléré. La house dance est affaire de frictions, de liturgies improvisées, soufflent les danseurs et le musicien Ted Beaubrun au djembé.

L'esprit d'un certain hip-hop, donc, plutôt que son champ d'honneur, avec ses exploits en chaîne, ses corps-projectiles qui font les toupies, ses crânes qui vrillent à la folie. Afflux est un conte, bien-pensant, diront les méchants. Mais non! Juste bien pensé. Au départ, la solitude, comme dans un champ de coton. Un Noir gronde: «Je suis seul. J'ai perdu le chemin de l'oasis.» Puis survient la musique, pulsations métalliques qui propulsent trois danseurs sous un éclat de phare. Une Africaine, deux hommes, un air de joute quand le mâle happe la muse. Un poitrail découvert où chaque muscle travaille à vue. Puis c'est le drame: un acteur joue le mort, son complice le traîne, ballot d'infortune. Ailleurs sur le plateau, la danseuse africaine paraît invoquer les esprits. Plus tard, le solitaire du début dira que l'oasis est en lui, au cœur du rythme. Sur une vitre suspendue, les interprètes traceront au spray: «Afflux».

Chez Sébastien Boucher, le hip-hop ne fait pas qu'épouser la colère des sans-terre. Il ouvre un préau. Ici, on s'amuse des codes du genre. Marcels sur bustes élastiques pour les hommes. Ou doudounes sans manche. Boas de Cotton Club pour Tatiana Desardouin. C'est le falbala du hip-hop. Ses racines en quelques fermetures éclairs et ça tient chaud quand l'hiver grimace.

Afflux, Genève, Salle des Eaux-Vives, rue des Eaux-Vives 82-84, jusqu'au 2 novembre (loc. 022/320 06 06); 50 min.