Jeudi soir, à la Maison de la radio de Genève, le Smith Quartet de Londres jouait – entre autres – deux quatuors du vingtième siècle, qui dénoncent les crimes de la guerre. Black Angels (1970) n'est pas un condensé d'effets sonores, c'est un manifeste contre la guerre du Vietnam. Chaque note a un sens, jusqu'aux mots que chuchotent ou vocifèrent les interprètes: «Eins!, zwei!, drei!, vier!….» Cette allusion au nazisme se double de références à la numérologie. Achevé un vendredi 13, Black Angels cumule 13 sections placées sous le signe de la malédiction. Cette gymnastique des nombres n'est pas perceptible à l'oreille, mais elle crée un impact sonore palpable.

D'autant que George Crumb réclame des musiciens des gestes inhabituels. Les voici qui génèrent des harmoniques en appliquant leurs archets sur des verres de cristal remplis d'eau. Sonorités magiques si ténues que les instruments sont amplifiés électroniquement. Trop policé, le Smith Quartet privilégie la dimension incantatoire de l'œuvre.

Hommage aux survivants de l'Holocauste, Different Trains (1988) de Steve Reich est calqué sur des bouts de conversations enregistrées sur une bande magnétique (qui mériterait d'être nettoyée). Les mots se répètent («smocking, smocking»), le geste musical – ici un peu mou – se double d'un message politique qui hante le spectateur jusqu'à stimuler des conversations au terme du concert. Soudain, dans le hall, des groupes se sont formés, le public s'est mis à refaire le monde.

Dernier week-end du Festival

Archipel: «Scardanelli-Zyclus» H. Holliger, par le Kammerchor Nieuwe Muziek, le Collegium

Novum de Zurich et l'Ensemble Contrechamps, H. Holliger (direction), BFM, sa 31 mars à 20h30. «Magalie sees someone in the crowd and waves», improvisation sur un film sans images, avec Marie Goyette, Massimo Simonini, Olivia Block, Maurizio Martusciello (samplers, platines, CD, bandes, theremin, électronique), Salle E.-Ansermet de la Maison de la radio, di 1er avril à 19h. Loc. 022/329 24 22. www.archipel.org