C'est habituellement l'arène des fauves de l'archet, ceux qui affrontent chaque note en équilibre sur la corde de mi. Dans le Concerto en ré majeur opus 35 de Tchaïkovski, la violoniste Hilary Hahn a tissé des plans tout autres, jeudi soir au Victoria Hall de Genève. La jeune Américaine, accompagnée par Gilbert Varga et l'OSR, préfère bâtir l'œuvre dans son entier, érige les trois mouvements comme une seule arche immense.

Oui, les fondations du thème initial sont posées calmement, simplement, et les premières pierres de l'édifice dégagent une impression de solidité minérale; dans sa robe vermeille, Hilary Hahn a la prestance d'une statue athénienne.

La hauteur de vue donne pourtant le vertige, au fur et à mesure que la musique se construit, gagne progressivement en intensité. Dans la première coda, le Vuillaume «del Gesù» que joue Hahn est capable d'aigus clairs comme le glaive. Il sait aussi pétrir des lignes riches, calorifiques, au fil du voluptueux mouvement lent. Pièce maîtresse, l'«Allegro vivacissimo» conclusif dévoile une noblesse singulière, c'est une célébration festive mais sereine, le parachèvement d'un monument loin des excès de tempérament habituels.

Le chef Gilbert Varga, lui, manie le fleuret. Rebondissante, chorégraphiée, sa gestique sautille avec une malice presque féminine. Dans la Symphonie n°8 de Beethoven, il fait des étincelles, allège le trait, déborde d'invention rythmique, aux commandes d'un OSR lumineux et précis. Une belle réussite.