Porte claquée sur lèvres serrées, certaines séparations se consomment sans explications. D'autres, au contraire, ne cessent de secréter du verbe, comme si, espoir dérisoire, les mots pouvaient panser les maux... Dans un souci très anglo-saxon de pointer les responsabilités lors d'un chaos, Honour appartient résolument à la seconde catégorie. Et soumet «George quittant Elénore après trente deux ans de vie commune» aux feux croisés de la question. Une partition de l'Australienne Joanna Murray-Smith plébiscitée à Londres et à Broadway et, qui, au Pull Off à Lausanne, dans une mise en scène de Geoffrey Dyson, trouve sa juste pulsation.

N'attendez pas de Monica Budde, alias Eléonore, une détresse pitoyable. Dans le rôle de l'épouse délaissée par son célèbre écrivain de mari, la comédienne romande affiche une revigorante pugnacité. «Moi j'aime la sécurité et la conformité», assène-t-elle d'une formidable voix de ventre à son fausseur de compagnie (Pierre Banderet). Qui s'encouble en essayant de défendre, face à sa femme et sa fille (Florence Minder), le frisson d'«une nouvelle vie». «Je veux ressentir que tout n'est pas décidé d'avance», plaide-t-il avant de conclure «notre amour a perdu sa vibration»... Victoire du partant, donc, mais victoire de courte durée. Car la nouvelle élue (Sibylle Blanc en jeune universitaire ambitieuse) craint elle aussi cet arbitraire amoureux: «Pourquoi le cœur a-t-il toujours la préséance? Il n'a donc pas de juge?» Ou comment montrer, façon moralistes du XVIIe, qu'on finit toujours par redouter ce qu'on a imposé...

Basé sur de brefs échanges à deux entre le père, la mère, la fille et la rivale, le procès de la rupture est instruit pièce par pièce. On n'apprend rien de nouveau sur les méandres de la relation (embrasement, usure, attachement...), mais on admire cette manière à la fois sincère et scolaire de passer chacun au scanner. Monica Budde ébahit par sa placidité blessée, Sibylle Blanc émeut en prédatrice prise au piège et Pierre Banderet, joliment hésitant, reflète bien le trouble de cet âge où «parce qu'on regarde la mort en face, on court au solarium»... Quant à Florence Minder, jeune recrue romande formée en Belgique, elle a la juste colère de celle qui perd un père.

Jusqu'au 31 décembre, au Pull Off, (10, rue de l'Industrie, Lausanne, rés. 021/311 44 22, http://www.pulloff.ch). 1h 45