C'est un pari risqué, même pour un acrobate du verbe et de la scène comme Hubert-Félix Thiéfaine. Même après trente ans de karrière («avec un K, c'est plus joli»). Et il n'est pas besoin d'attendre «542 lunes et 7 jours environ» pour le reconnaître, le Jurassien a passé avec brio son test en solo, jeudi au ForuMeyrin (GE).

Face au public assis et acquis, Thiéfaine paraît pourtant en danger. Chapeau noir et écharpe blanche, il tarde à se découvrir, cherche à remplir l'espace en parcourant la scène dépouillée, sa guitare électroacoustique en bandoulière. Pas un pied de micro auquel s'accrocher, il lui a préféré le casque. Il erre, émouvant, comme dans «La dèche, le twist et le reste» ou «Un automne à Tanger (antinoüs nostalgia)».

La voix de Thiéfaine chauffe progressivement. Il puise avec force dans le tiroir «années 80» de son répertoire, là où la poésie d'une «Affaire Rimbaud» est décuplée par les seules cordes. Si loin des riffs électriques qui noyaient ses dernières tournées. Tant de sensibilité dégagée pourrait rassurer. Mais l'auteur-compositeur-interprète peut aussi sûrement basculer: son régisseur à tout faire, ses monologues engagés «de fils de prolo» et sa fiole de whisky le sortent peu à peu de cette solitude gracieuse.

Recueillis et admiratifs jusque-là, les fans de Thiéfaine sentent que le moment de l'accompagner approche. Un «Lorelei Sebasto Cha» volontairement auto-dégradant signe le ralliement. En toute sécurité, Thiéfaine poursuit sur sa lancée et aligne les tubes fédérateurs: «Exil sur planète fantôme», «Les dingues et les paumés», «Zone chaude, môme» et, inévitable, «La fille du coupeur de joints».

Possibilité de rattraper l'équilibriste à Morges, Théâtre de Beausobre (tél. 021 803 09 17), vendredi 19 novembre à 20 h 30.