I Apologize. Je m'excuse. Le titre fait sourire, car le spectacle de Gisèle Vienne est tout sauf timide. C'est une charge, au contraire. Oppressante et fascinante où une quinzaine de jeunes filles, des poupées grandeur nature, uniforme et chemisier blanc, sont le jouet d'un cerveau allumé.

A l'Arsenic, un jeune homme (Jonathan Capdevielle, une vraie pile) organise compulsivement une danse des spectres dans laquelle désir et mort dialoguent en boucles obsessionnelles. Au fil de ce cauchemar habité par le sombre récit de l'écrivain américain Dennis Cooper, on croise aussi deux oiseaux de nuit. Un homme, une femme, spectaculaires, qui exhibent tatouages et bottes de cuir comme emblèmes d'une résistance fauve. Soit, entre charnier et poses érotiques, la mise en lumière de nos pulsions enfouies.

Gisèle Vienne est une drôle de personne. Au recto, la diplômée en philosophie disserte avec précision sur sa création. Sa construction par répétitions, comme la musique sérielle. Les trous laissés entre les séquences que le spectateur remplit de ses propres fantasmes. L'usage de la lumière, du son...

Au verso, côté marionnettes, son autre formation, la jeune femme convoque ses fantômes. Et ils sont insistants. Depuis dix ans, la chorégraphe et plasticienne orchestre des bals maudits où la mort, violente si possible, joue les premiers rôles. Dans I Apologize, on assiste à la reconstitution d'un accident. Quinze jeunes filles possiblement éjectées du bus qui les emmenait à l'école. Jambes tordues sous jupe plissée. Du sang sur les os brisés.

Même air dans Kindertotenlieder, à l'affiche de l'adc, à Genève, ce week-end. Rituel païen et crime passionnel racontent l'Autriche égarée et les ados couleur métal. Quant à Jerk au Théâtre de l'Usine, lundi et mardi prochains, on y entend la visitation poétique des crimes perpétrés par le serial killer américain Dean Corll...

Gisèle Vienne sait construire des images. Son univers est saisissant. Mais cet éternel ressort de la mort a quelque chose d'adolescent. Et peut-être, c'est encore plus gênant, de commercialement payant.

Kindertotenlieder, les 27 et 28 sept., à l'adc, salle des Eaux-Vives, à Genève, 022/320 06 06, http://www.adc-genève.ch

Jerk,les 29 et 30 sept., au Théâtre de l'Usine, rue de la Coulouvrenière, à Genève, 022/328 08 18, http://www.usine.ch