Le sujet était trop beau pour ne pas appâter. Au Théâtre du Grütli à Genève, un potentat blessé se répand dans l'ombre. Qui est-il, ce tyran à genoux, imaginé par l'auteur genevois Mathias Brambilla? Un hybride de Fidel Castro et de Saddam Hussein. Ce Bobo - son nom - sait que ses heures sont comptées. Alors, il tente de se ressaisir de son œuvre, en face de Bambi, son nègre au temps de sa splendeur. Ce texte-là aurait pu faire des ravages. Il pèche par excès de sentences et de généralités.

Pourquoi n'est-on pas pris par ces Icebergs? Le préambule est prometteur. Dans le noir, un homme parle. C'est l'acteur Pascal Berney qui prête sa carrure à Bobo. Il raconte comment tout s'affaisse en lui, comment la mort remonte de l'estomac jusqu'à la bouche. Puis il se dresse et c'est la nuit qui reflue. Il est seul, croit-on, seul à se jouer la comédie, sur une scène vaste comme jadis son ambition. Mais voici qu'apparaît Bambi (José Ponce), son secrétaire, son souffre-douleur. Ça, ce sont les trois premières minutes du spectacle, les meilleures.

Si la suite se perd dans le vague, ce n'est pas seulement parce que le rôle de Bambi est sous-écrit, ou parce que José Ponce, conséquence de ce qui précède, ne fait pas le poids en face de Pascal Berney. La faiblesse des Icebergs, c'est de défendre une thèse sans surprise et de ne pas fouiller le portrait de son héros maléfique. A travers son Bobo, Mathias Brambilla dresse un réquisitoire contre les marchands de rêves politiques, les révolutionnaires qui virent tortionnaires.

Dans cet élan-là, il cède souvent aux facilités, aux poncifs de prétoire, style «le sexe a disparu dans le trou noir de l'inconscient». Alors, certes, Pascal Berney fait ce qu'il peut pour que cette prose s'incarne. Il gronde: «Nous sommes venus au pouvoir pour tuer le pouvoir... Et nous avons créé les camps de concentration, l'épuration ethnique...» L'horreur des temps en une longue litanie. Le théâtre ici cherche son souffle.

Les Icebergs, Théâtre du Grütli, rue du Général-Dufour, Genève. Jusqu'au 16 décembre (Loc. 022/328 98 68); 45 min.