Et dire que Bruckner doutait de son génie! Vendredi soir, au Victoria Hall de Genève, Marek Janowski et l'Orchestre de la Suisse romande (OSR) ont donné le meilleur d'eux-mêmes dans la 7e Symphonie. Sonorités en bronze et en or, luminosité des cordes, densité des cuivres. Auparavant, Xavier Phillips a lui aussi emballé le public dans des œuvres françaises.

Le violoncelliste parisien n'a jamais étudié le 1er Concerto de Saint-Saëns avec Mstislav Rostropovitch. Son jeu, qui s'appuie sur un geste formidablement ample, une sonorité dense et pénétrante, en trahit l'influence, du moins l'esprit. Il joue sur le grain de son violoncelle, tour à tour sombre et charnu, lyrique et caressant. Il varie l'intensité du «vibrato», plus ou moins marqué, parfois au sein même d'une section. Dans l'Elégie de Fauré, il pose le thème avec assise et grandeur, en fait presque trop, mais ne verse jamais dans le sentimentalisme d'un Mischa Maisky. L'OSR l'accompagne avec fougue, moins clair qu'un orchestre français.

Marek Janowski est l'homme des grandes architectures. Dès les premières notes de la Septième de Bruckner, il entrevoit le devenir de l'œuvre. Sur un tapis de trémolos, les violoncelles énoncent le thème initial. C'est un grand arc qui ouvre l'espace. Une fois l'impulsion donnée, les idées s'enchaînent dans un jaillissement perpétuel, loin du langage beaucoup plus accidenté de la 5e Symphonie donnée en début d'année, laquelle donna bien du fil à retordre aux musiciens.

Marek Janowski s'inscrit dans une tradition instaurée par des grands chefs brucknériens. Sans cesse, il relance le discours. Le mouvement lent est sublime de ferveur, le «Scherzo» pris à vive allure, le mouvement final, si périlleux, ravit par ses incongruités. Applaudi par ses musiciens, le chef titulaire de l'OSR esquisse un sourire. Rien n'est jamais gagné, mais ce soir-là, l'étincelle a circulé, une étincelle d'éternité.