L'homme vide est un spectacle passionnant parce qu'il allie métaphysique et humour. Jean-Marc Heim se saisit d'une quête existentielle presque dangereuse tant elle met l'être à nu. Le chorégraphe lausannois ne cache pas, d'ailleurs, être allé se promener sur ces rives intimes pour tenter d'apprivoiser la peur. Quelle peur? Celle du vide intérieur. Que reste-t-il de moi quand j'ôte les masques, quand j'annule les codes? Et face aux autres, suis-je une éponge, un miroir, un trampoline? Questions de créateur, question de tout un chacun. L'artiste ici s'approche du feu, semble prêt à se laisser brûler un peu les ailes. Au moment des saluts, on jurerait voir une fine couche de suie sur son visage rayonnant…

Pour cette traversée, Jean-Marc Heim a demandé à six chorégraphes européens d'écrire un solo à son «homme vide», baptisé Monsieur Pick. C'est lui que l'on voit d'abord apparaître sur scène sous une lumière violente. Pleins feux sur le danseur et le public. Avec la précision d'un colibri, Jean-Marc Heim se démène avec sa cravate, ses mains, ses bras, ce corps qui semble ne pas lui appartenir. Le pantin tourne à vide et lance des regards en creux. Il est prêt au premier voyage.

Jean-Marc Heim réapparaît en tutu de tulle rose sous les stridences de Chostakovich, selon la volonté de Martine Pisani. A de rares exceptions près, cette touche tragi-comique se retrouve dans toutes les chorégraphies. Ainsi, métamorphose suivante imaginée par Marco Berrettini: le danseur est en costume du soir, un masque de Mickey sur le visage, une coupe à la main. Il rit à perdre haleine. Calmé, il lance à l'assemblée: «Merci d'être venu.» Plus tard, le danseur ôte sa culotte. Mais un slip peut en cacher un autre, nous apprend l'Anglais Nigel Charmock. Jean-Marc Heim en enlèvera une dizaine, les laissant choir sur le sol comme les cailloux du Petit Poucet. Ces instantanés résonnent comme des allusions à l'irréductible condition humaine. On quitte Monsieur Pick le cœur plein, prêt à affronter le vide.

En ouverture du Festival des arts vivants, le chorégraphe Jean-Marc Heim livre un parcours initiatique d'une étonnante sincérité. Festival des arts vivants (théâtre, danse), Nyon. Loc. 022/ 365 15 50. Jusqu'au 19 août.