Elle a tout pour elle: le physique, la voix et surtout l'aplomb.Pas aussi médiatisée que ses consœurs Cecilia Bartoli ou Vesselina Kasarova, Joyce DiDonato a déjà un joli tableau de chasse. Elle fréquente les grands festivals (Aix-en-Provence) comme les grandes maisons d'opéra (MET, Covent Garden, etc.). A peine sortie de l'avion, jeudi dernier à Genève, elle a accepté de chanter en play-back le rôle du Compositeur (Katarina Karnéus étant aphone), lors de la générale d'Ariane à Naxos au Grand Théâtre. Le bouche-à-oreille a fait son effet: le public venu nombreux lui a réservé une standing ovation à l'issue de son récital, lundi soir.

Standing ovation méritée, tant la mezzo-soprano américaine possède son instrument. Son timbre corsé, magnifiquement projeté, sa voix longue, souple et égale, font feu de tout bois. D'emblée, elle affiche un tempérament fier et solaire dans «Ouvre ton cœur» de Bizet. Puis la voix se pare d'un dépit doux-amer dans les «Adieux de l'hôtesse». Rossini lui va comme un gant, en particulier la cantate Jeanne d'Arc dont elle varie les climats, jusqu'à des vocalises triomphantes. Les mélodies espagnoles séduisent pareillement (notes graves poignantes dans La maja dolorosa de Granados), à défaut d'une accentuation articulée parfaite. La canzonetta spagnuola et Una voce fa de Rossini, offerts en bis, la montrent sous son jour cabotin. Julius Drake, au piano, l'accompagne avec une finesse toute britannique, jusqu'à se déboutonner.