Avec la démonstration de la chanteuse américaine Kim Criswell, invitée glamour des Amis de l'OSR, mardi, pour leur Concert de l'An au Victoria Hall, on se met à rêver. Qu'enfin une place se fasse pour les musicals historiques de Leonard Bernstein, de Stephen Sondheim, ou les chefs-d'œuvre de la génération précédente, ceux de Gershwin en tête. Trop classiques pour la génération «Star'Ac», pas assez pour les publics symphoniques, il y a là des dizaines de merveilles laissées au placard et conservées dans la naphtaline. Mais la croustillante Kim, contact chaleureux et professionnalisme des pieds à la tête, a remis au goût du jour «Funny Face» et «Strike up the Band». Et évoqué, à coups d'anecdotes sucrées salées, l'importance de Richard Rodgers, «roi de Broadway» pendant soixante ans, et compositeur de «Sound of Music» (La Mélodie du bonheur). Voix de nymphette ou de vamp tonitruante, c'est selon, Kim Criswell pratique les métamorphoses incessantes. Quelque chose de Barbra Streisand dans l'épanchement («The Man I love»), un peu de Julie Andrews, sa «déesse» à qui elle rend hommage au moment d'entonner «Have Confidence», extrait de «La Mélodie du bonheur», Judy Garland en mémoire aussi dans le roulis des crescendos, et un soupçon inattendu de Kate Bush dans des aigus miauleurs. Le tout avec une simplicité désarmante, qui rend lisible chacune de ces chansons pailletées. Beaucoup plus lisible que le jeu de son complice Wayne Marshall, qui dirigeait l'Orchestre de la Suisse romande dans «An American in Paris», et dans un extrait goûteux de «On your Toes» de Rodgers. Il y ajoutait son piano expansif dans «Rhapsody in Blue», profitant d'une liberté rythmique que l'orchestre peine à suivre, non sans raison: dans sa manière de diriger semble planer l'idée que la part jazz de Gershwin implique excès de vitesse, ruptures intempestives et caricatures. Le doute se confirme, à entendre son improvisation à l'orgue sur «Porgy and Bess», où «Summertime» se cache sous un masque sonore mutant et exterminateur.