La guitare de Bob Dylan, le yéti de Tintin au Tibet, la salopette d'une des fillettes en blé de La Petite Maison dans la prairie - cette série américaine qui célébrait, la larme à l'œil, la vie des champs. Laurence Yadi et Nicolas Cantillon recomposent des paysages d'enfance dans Laï laï laï laï, ce samedi encore à la Salle des Eaux-Vives à Genève. Ils rêvent les années 1970, les barbes et les crinières en friche, les ballades qui s'effilochent en volutes hallucinogènes. Ils chantent un monde qu'ils n'ont pas connu, eux qui étaient à peine nés quand la guerre du Vietnam mettait en rage une partie de l'Amérique. Leur Laï laï laï laï est personnel et nostalgique, mais pas pleurnichard.

Au seuil de Laï laï laï laï, un air de parodie. Le Franco-Suisse Nicolas Cantillon, un mètre 90 ascétique, bredouille quelques mots d'anglais, guitare au cou comme un enfant de Woodstock, puis plie sa carcasse, s'assied sur un tabouret bas, racle ses cordes et se lance dans une mélopée chevelue, méditation avec calumet de la paix à venir. Avec sa barbe, sa chevelure nid de mésanges, Nicolas Cantillon est méconnaissable. Plaisir du déguisement. La scène s'éclaire alors, plage crème où végètent une demoiselle en salopette (Laurence Yadi, de la rosée dans les yeux), un ours géant et une créature mi-animale, mi-végétale, coiffée de plumes vert émeraude. Ce qui séduit, c'est la friction des matières; un art surtout de filer la rêverie, de dépoussiérer le conte de la belle et de la bête. Associés à Alexandre Joly et Régis Marduel, Nicolas Cantillon et Laurence Yadi animent un paradis artificiel, avec bagarre stylisée entre une fillette et ses doudous. Laï laï laï laï est régressif. C'est son charme. Ce biotope intime convaincrait totalement s'il n'avait tendance à s'étirer, à cultiver l'imagerie. Les chorégraphes d'aujourd'hui ont ce défaut: ils ignorent les vertus du haïku, ces poèmes japonais qui en six mots refont le cosmos.

Laï laï laï laï. Genève, Salle des Eaux-Vives, sa 3 à 20h30 (loc. 022/320 06 06). Durée: 50 m.