Mais quelle est cette prière théâtrale? Sur son prie-Dieu, Myriam Sintado se recueille, exposant son dos de velours rouge au regard du spectateur. Dans la pénombre du Caveau à Genève, elle semble invoquer le tout-puissant, dans Au nom du père, du fils et de l'amant. Au pied de l'éternel, dans ce spectacle en forme de liturgie amoureuse signé Gérald Chevrolet, la jeune actrice excite d'emblée la curiosité. Dans un instant, elle s'offrira ce bonheur: redescendre sur terre et passer à confesse. C'est en maîtresse de cérémonie modeste qu'elle va se frotter à ce mystère capital: l'éternel masculin. Elle en tâte les biceps et les bourrelets, sur des textes raffinés et cruels de Camille Laurens, auteur notamment de L'Amour, roman et de Dans ces bras-là. Joués sans esbroufe, ces morceaux choisis touchent souvent.

De la ténacité, il en fallait pour se mettre en bouche cette autobiographie valsante, pas faite pour la scène a priori. Extraite de Dans ces bras-là et de Cet absent-là, cette matière trouve en Gérald Chevrolet un adaptateur efficace. Au début, une apparition: Myriam Sintado se tourne tout à trac vers le public, comme on surgit au milieu d'un bal, après l'ultime coup de pinceau dans le boudoir. La suite, ce sont les démêlés de Camille avec ses hommes: son père, sa crapule de grand-oncle qui souille son innocence, mais aussi son mari tour à tour colérique et enfantin, son amant veule, son fils encore, mort en bas âge.

On applaudirait sans réserve ce déshabillage expert de la gent masculine, si une surdose de théâtre ne gâchait pas, ici et là, cette prose d'intérieur. Lorsque l'actrice rejoue dans une fièvre artificielle une dispute conjugale, on se dit que le texte ne se prête pas à de tels éclats. On préfère de loin ses airs de demoiselle grave mais pas sage, délivrant l'art d'aimer de Camille: «Je voudrais qu'on m'épouse parfaitement. […] Je veux être pour l'autre la terre inconnue.» Là, le sexe n'est plus que sueur et joie mêlées, il en devient métaphysique.

Au nom du père, du fils et de l'amant, Genève, Théâtre Le Caveau, av. Sainte-Clotilde 9, jusqu'au 20 mars (Loc. 079/759 94 28).