«Souviens-toi de m'oublier», chantaient naguère Serge Gainsbourg et Catherine Deneuve. Cette chanson d'adieu n'appartient pas au répertoire des six danseurs-chanteurs de Walking Oscar, à Genève ce week-end encore. Elle aurait pu, tant ce spectacle nappé de mélancolie piste l'amour quand il s'évanouit, tourne autour du gouffre qu'il laisse, rameute les ombres. Signée Thomas Hauert - chorégraphe suisse établi à Bruxelles -, cette comédie musicale hallucinée console de nos solitudes, avec cet air de dérision qui est parfois un appel à l'insurrection. Aux armes, la dépression ne passera pas!

Walking Oscarpossède cette grâce: il fait de nous des somnambules. Cela tient d'abord au texte qui sous-tend la déambulation: Walking Oscarest une enquête sur soi menée par le Néerlandais Oscar van den Boogaard - auteur deLa Mort de l'amour. C'est sa quête qui s'imprime pendant toute la représentation sur l'écran transparent qui nous sépare des interprètes. C'est sa méditation qu'une voix relaie en anglais. Nous voici alors entraînés dans les ruelles de son enfance, dans les alcôves de ses maîtresses, dans le tombeau d'une adorée.

Cela, c'est ce que la voix dit - ce que le somnambule de service a cru entendre. Sur scène, un pianiste imprime son velouté élégiaque. Une Miss Monde chante comme à Broadway. Miel pour soigner l'amertume. Et puis soudain, c'est à se tordre. Un homme, une femme cherchent les gestes de l'amour, manipulés, comme les marionnettes géantes du bunraku japonais, par des ombres. Pendant cette danse désarticulée, on entend une femme répéter les mots d'un professeur d'anglais. Jeu de tâtonnements. Préliminaires tendres à l'aveugle. Ces amants s'oublieront. C'est dans le texte de Boogaard. Serge Gainsbourg chantait: «L'amnésie a le pouvoir/D'la magie noire.»

Walking Oscar, (1h45) Genève, Salle des Eaux-Vives, sa à 20h30, di à 18h (Loc. 022/320 06 06)