Le Festival de Verbier cultive un idéal d'élan, de jeunesse qui déteint sur ses interprétations. Ce qu'il gagne en virtuosité, en ardeur, il le perd parfois en rigueur, en humilité. A force de se mesurer à d'autres, de devoir tenir tête, les artistes peuvent se fourvoyer comme c'était le cas dimanche soir, d'autant que la foule incite à se montrer en spectacle.

Lang Lang est l'exemple type du génie dépassé par ses moyens. A 20 ans, ce pianiste chinois, installé aux Etats-Unis, possède une force de frappe phénoménale. Malgré son talent, malgré ce climat de communion qu'il installe avec le public, malgré la soif du détail, il vise à côté sur le plan stylistique. Rachmaninov, dont il interprète le 3e Concerto, déclara un jour: «La musique d'un compositeur devrait être l'expression de son pays, de ses amours, de sa religion…» Lang Lang multiplie les dérapages stylistiques, s'autorise des syncopes version rock, élabore quelques chinoiseries (ces passages aux teintes pastel) et étire les phrases jusqu'à en donner la nausée. Dommage, car le toucher, l'imagination sont en constant éveil. Mais peut-on à ce point trahir une œuvre pour le prix d'une relecture?

Lang Lang est pris au piège de son succès. Il fait partie de cette génération «flash» qui jouit du concert comme d'un exutoire. La violoniste Sarah Chang, elle, a le même souci de rayonner. Mais elle ne dévie pas autant de la pensée du compositeur: son interprétation du Concerto de Bruch respire le romantisme à plein nez. Celui qui semblait vraiment perdu, dimanche soir, c'était Misha Maisky. Le violoncelliste n'a pas su venir à bout du Concerto de Schumann. Beaucoup de notes à côté. Et là aussi, une tendance à gonfler l'émotion. Ne restait plus que le UBS Verbier Festival Youth Orchestra, un peu surmené (trois concertos!), moins éblouissant et soudé que pour Elektra, mais fidèle à la baguette de James Levine qui préconise une sonorité riche et lustrée.