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Critique de «L’Arche part à 8 heures», au Petit Théâtre à Lausanne

Christian Denisart crée au Petit Théâtre une version poétique et savamment élaborée de «L’Arche part à 8 heures», d’après l’œuvre d’Ulrich Hub

Noël, moment privilégié de transmission et de questionnement qui ne concernerait pas que les croyants? Notre rapport à la foi, aux autres, et notre destinée ici-bas ont certes besoin de toutes les bonnes volontés pour être sondés. Et si le détour par une fable profane pouvait éclairer d’un jour nouveau la réflexion? C’est le pari de Christian Denisart, qui crée au Petit Théâtre une version poétique et chaleureuse de L’Arche part à 8 heures, d’après l’œuvre d’Ulrich Hub.

Revisiter l’histoire du Déluge pour débusquer les ressorts de l’âme humaine sans pour autant livrer de thèse, tel est le propos de l’auteur allemand. Séduit par son approche irrévérencieuse et malicieuse – l’humour est un des moteurs du récit –, Christian Denisart s’est lancé avec bonheur dans cette exploration existentielle. Très inspiré, le metteur en scène lausannois donne à voir et à sentir les tourments d’une humanité en quête de sens figurée ici par trois pingouins rapatriés in extremis à bord de l’arche de Noé. Il rend compte aussi de bouleversements plus globaux, comme le réchauffement climatique, avec ces pans entiers de banquise qui se détachent peu à peu. Sa maîtrise très fine du mouvement et du placement crée ainsi des images saisissantes et insuffle au récit sa poésie.

La tension entre l’intime et ce qui le dépasse – au risque de l’engloutir – est présente dès le premier tableau, d’une simplicité et d’une intensité rares. Trois pingouins tanguent sur la banquise, à la queue-leu-leu. Minuscules, ils vibrent à l’unisson et c’est magique. Cette magie est l’œuvre de François Junod, fabricant d’automates. L’attention est ainsi tout entière captée par cette déambulation fragile. Le décor très épuré – des blocs blancs épars posés au sol – dessine la menace qui couve: la fonte des glaces.

Et lorsque trois comédiens (Adrien Rupp, Florian Sapey et Pascal Schopfer) prennent le relais des petits engins, on est tout aussi séduit. De leur costume de pingouin, seul émerge leur visage. Les rires fusent à les voir se mouvoir de guingois, se chamailler comme des enfants et, plus tard, réussir à tourner en bourrique la colombe chargée de veiller sur les passagers de l’arche (l’un des trois pingouins est forcément un resquilleur!). Marie-Madeleine Pasquier est exquise dans ce rôle de cheftaine frisant le burn-out qui se révèle une vraie mère Courage.

L’Arche part à 8 heures, Lausanne, Petit Théâtre, jusqu’au 31 déc., 021 323 62 13, 1h15, dès 7 ans.

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