Les voyages forment la jeunesse, dit l'adage. Et cela vaut aussi pour l'Orchestre de la Suisse romande, qui, du haut de ses 86 ans, n'est plus si jeune. Après une brève tournée avec des escales en Allemagne et en Espagne, les musiciens dirigés par Pinchas Steinberg semblent avoir retrouvé la verve qui leur faisait défaut il y a un mois seulement (on se souvient de la prestation peu convaincante lors du concert de Nikolaj Znaider au Victoria Hall de Genève).

De retour au bercail, sur la scène drapée de blanc du Palais de Beaulieu à Lausanne, l'OSR prend sous sa tutelle un autre monstre sacré du petit archet, Vadim Repin, venu se mesurer au Concerto pour violon en ré majeur op.77 de Brahms. Le très long premier mouvement, qui couvre à lui seul la moitié de la composition, est majestueusement introduit par l'orchestre et l'immense valeur du musicien russe se révèle d'emblée avec un jeu à la fois très engagé et suave. Les thèmes méditatifs exposés par les archets et les vents forment un lit velouté sur lequel glissent les mouvements vertigineux d'un archet aux prises avec des notes aux consonances tziganes. Des rythmes plus soutenus achèvent un «Allegro non troppo» dont le final explosif permet d'apprécier le jeu percutant et précis de l'orchestre. Le pathos du thème, annoncé par les hautbois dans le bouleversant «Adagio» qui suit, est développé avec force par Vadim Repin, et précède les gammes du «Allegro giocoso, ma non troppo» du dernier mouvement, dont l'interprétation époustouflante vaut au violoniste russe une longue ovation.

L'OSR s'engage par la suite dans la Symphonie N° 5 de Tchaïkovski, où brille la prestation des vents (cors, clarinettes et bassons particulièrement), alors que l'orchestre triomphe avec le grandiose «Allegro vivace» qui clôt l'œuvre.