Petits fours, vin à flots, sourires et poignées de main: jeudi soir, le gratin genevois était réuni au Victoria Hall de Genève pour un «concert extraordinaire» en hommage à Armin Jordan. Pas si extraordinaire, à vrai dire, mais le cœur y était, du moins dans les discours prononcés par des personnalités et proches du chef d'orchestre suisse, disparu tragiquement à l'automne.

On retiendra cet hommage rendu par le hautboïste Roland Perrenoud pour saluer les qualités d'un chef qui demandait l'appui de ses musiciens quand il entrait en scène (le trac?). Personnalité humble, à l'humour potache, doté d'un cynisme gourmand et d'un cœur aussi gros que celui d'un enfant, Armin Jordan reste fortement ancré dans la vie musicale genevoise. Et c'est pour cela qu'un buste du sculpteur genevois Otto Bindschedler a été inauguré dans le foyer du Victoria Hall ce soir-là, quand bien même le tissu blanc qui le recouvrait est tombé avant les discours...

Quant au concert, organisé par les Amis de l'OSR, il a fallu se contenter d'une première partie un peu morne. Patrick Davin a beau savoir équilibrer les plans sonores, ce jeune chef belge n'a pas la flamme visionnaire de ses aînés. Prônant à juste titre un son allégé dans la Symphonie dite «Le Philosophe» de Haydn, il en perd la substance (cordes maigres dans le premier mouvement). Les Variations sur un thème de Haydn de Brahms font preuve d'un travail fouillé, mais l'approche reste trop scolaire (pourquoi ces pauses entre les variations?) pour que l'électricité circule.

A l'inverse, Augustin Dumay pèche par excès dans le Concerto pour violon de Brahms. A la fois attachant et agaçant, son ton rhapsodique sied au caractère tzigane du «Finale». Prodigue de lyrisme, il tisse de belles courbes dans le développement du premier mouvement. Mais le mouvement lent, aux gestes appuyés, voire larmoyants, souffre d'une conception trop libre et décousue. Son jeu est entaché d'accrocs et de défauts d'intonation. Brahms demande une autre assise intérieure.