Cela aurait dû être le concert du retour en terre romande d'un chef dont la carrière avait pris depuis quelques années l'ascenseur. Marcello Viotti s'en est entre-temps allé, il y a un an, victime d'une attaque cérébrale, mais l'Orchestre de la Suisse romande et son chef Marek Janowski ont tenu à garder le rendez-vous, mercredi à Genève, jeudi à Lausanne. Une manière d'honorer à leur manière la mémoire du natif de Vallorbe, en conservant aussi le très beau programme qu'il avait alors concocté. Mais jeudi, toutes les promesses de la soirée n'ont pas été tenues, faute surtout à l'acoustique calamiteuse du Théâtre de Beaulieu à Lausanne. Ainsi les trois épisodes courts de la Pastorale d'été d'Arthur Honegger, qui ouvraient le concert, obligent d'entrée l'oreille à une problématique adaptation aux sonorités qui s'éparpillent, qui manquent d'éclat dans les aigus et qui tendent vers un certain capharnaüm dans les graves. Où situer dès lors l'orchestre? Impossible à dire, mais la phalange paraît pâtir de la situation dans cet acte inaugural.

La mezzo-soprano suisse Yvonne Naef met cependant du baume au cœur avec Les Nuits d'été op. 7 de Berlioz. Sa voix ronde et chaleureuse dans le médium est parfois un peu nouée en gorge dans le grave, mais d'une belle clarté dans l'aigu. Un brin statique et très peu démonstrative dans les cinq premières mélodies, la cantatrice se montre généreuse et expressive avec «L'Ile inconnue». La deuxième partie du concert réserve enfin les meilleurs moments de la soirée, si bien qu'on en oublie la salle et ses malheurs. La Symphonie N° 8 de Schubert et, surtout, le court «patchwork», amusant et pince-sans-rire, de Till Eulenspiegels lustige Streiche op. 28 de Richard Strauss révèlent une phalange au plein de sa forme. Et l'hommage à Marcello Viotti prend alors de l'épaisseur.