«Toutes les forêts russes craquent sous la hache. C'est monstrueux!» Tchekhov aurait pu vivre aujourd'hui. Dans L'Homme des bois, pièce de jeunesse, il affiche un combat très actuel pour une nature menacée. Mais le dramaturge russe montre aussi comment un idéal peut aveugler. A force d'aimer les arbres, son personnage passe à côté de la belle nature... humaine. Là aussi, dans cet art du contre-pied, l'auteur prouve sa modernité. A la mise en scène, Isabelle Pousseur choisit, elle, un seul et unique parti: enjoué. Feydeau chez Tchekhov, en quelque sorte. Bien pour l'entrain, moins bien pour le poignant sous-texte tchékhovien.

Une grande tablée, un vélo qui traverse la scène, un jambon entamé. A l'autre bout de la soirée, un pique-nique où l'alcool coule à flots et bénit des unions en série. Avec son final joyeux, L'Homme des bois détonne dans le répertoire de l'écrivain-médecin. C'est d'ailleurs ce trait atypique qui a attiré la Belge Isabelle Pousseur. Sans doute emportée par cet élan, elle raconte la fable sur le mode majeur. Les colères du médecin idéaliste contre la destruction des forêts répondent aux coups de sang de l'amoureux éconduit qui fulmine contre la fidélité d'une jeune femme mal mariée... Mais quand, au deuxième acte, surgit le terrible ennui du couple mal assorti, les scènes ne gagnent pas en intensité ce qu'elles perdent en agitation. Le silence ne bruit jamais de tous les regrets exposés. Au contraire, le côté faussement anecdotique du propos contamine le plateau. Dommage, car même avec un happy end, Tchekhov reste l'auteur phare des petites couleurs.

A la Comédie de Genève, jusqu'au 31 mai, 022/320 50 01, http://www.comedie.ch, 3h.

les colères du médecin idéaliste contre la destruction des forêts répondent à celle de l'amoureux éconduit. Iégor Pétrovitch fulmine contre la fidélité d'Elena Andréevna, mal mariée à un vieux