Elle arrive sur scène comme une jeune fille à un premier rendez-vous. La démarche n'est pas assurée, mais le sourire immense, le regard a vu de tout mais reste émerveillé. Il y a chez Magali Noël une manière unique de traverser les âges en les retenant tous. Elle ne semble avoir dit adieu à aucune des femmes qu'elle a été. Jeune première impertinente dans Du rififi chez les hommes de Jules Dassin, pimbêche coquine pour Boris Vian dans Fais-moi mal Johnny, «belle dindonne» pour Federico Fellini dans Amarcord. Mais aussi, loin des projecteurs, mère sensible sans doute, grand-mère peut-être. A ceux qu'elle feint d'entendre, dans le public, lui trouver la ride marquée, elle rétorque, d'un flambant jeté de boa: «La vieillesse n'est qu'une saison du cœur.» La saison préférée de Magali Noël, c'est d'abord la paresse. La douceur des choses dégustées sans hâte, le plaisir du coton quand la pluie arrose les agités. La «Valse jaune», de Boris Vian, chantée a capella dès son apparition, met l'interprète à nu. «L'homme dans la cité» évoque un Jacques Brel d'actualité tenace. La voix hésite, titube parfois, mais conserve des grelots tendres et gouailleurs: ils disent la générosité et le plaisir de revisiter les souvenirs.

Chansons volent. Théâtre de Carouge (rue Ancienne 39. Loc. 022/319 61 11

et 022/ 343 43 43). Ve 5 nov à 20h