La mégère à provisions de Philippe Cohen, à voir en ce moment à la Cité bleue à Genève, est une évocation très libre de La mégère apprivoisée de Shakespeare où les masques, conçus et fabriqués par Sara Barberis, tiennent la part belle. Dans le texte original, l'intrigue célèbre, où l'on voit une fille à marier têtue comme une mule se laisser dompter par un homme à poigne, est un spectacle joué devant un ivrogne.

Dans la version de Cohen, un metteur en scène anglais, Peter Bronx (Geoffrey Dyson), a l'ambition de créer sa «Mégère» et recherche désespérément la comédienne idéale pour interpréter Kate, la fille acariâtre. Se présente alors au casting, Fernanda (Sara Barberis), mère au foyer italienne d'âge mûr, souhaitant renouer avec la scène après dix-sept ans d'interruption.

Tout oppose les personnages: il est Britannique, vieux garçon et habité par sa gloire en devenir; elle vient du Sud, prête à tomber amoureuse et bien campée dans la vie. La farce est lancée. Dialogues rapides, comique gestuel (Peter Bronx/Geoffrey Dyson en transe extatique devant sa nouvelle star), les deux comédiens maintiennent un rythme soutenu. Ce qui n'empêche pas Sara Barberis de construire un personnage touchant de femme traversée par la vie.

La magie des masques opère dès que Peter Bronx et Fernanda conviennent qu'ils sont faits pour jouer eux-mêmes le couple orageux de la pièce de Shakespeare. Fernanda se transforme en jeune fille joufflue; Peter Bronx en homme aux traits virils et farouches. Les masques semblent vivre par eux-mêmes. On ne sait plus trop qui donne la vie à qui.

«La mégère à provisions»,

dialogues et mise en scène de Philippe Cohen. Avec Sara Barberis et Geoffrey Dyson.

A la Cité bleue (av. de Miremont 46, Genève. Loc. 022/ 839 21 02).

A 20 h 30; jeudi à 19 h; relâche

dimanche et lundi.

Jusqu'au 7 avril.