Nick Cave a taillé sa carrière en offrant à l'Australie un bâtard outre-mer d'Elvis Presley, régurgité par Leonard Cohen. Au Métropole de Lausanne, samedi, Cave arque négligemment ses échasses. Il a vu faire cela dans le dictionnaire du rock. On dirait qu'il surjoue l'attitude, il se met en position, demi-Johnny de compétition à la sensualité dégonflée. Cela pourrait ne pas marcher. Mais les Bad Seeds veillent au grain, orchestre de tripot irlandais et de Motown blanchi.

Le violoniste derviche tabasse son archet. Le chœur soul, petite entreprise au lyrisme flagorneur, cadre les dérapages du coryphée. Cave chante faux. Presque par vocation. Il s'imagine en pochard shakespearien, à placer des traits d'union entre Orphée et les équarrisseurs. Poète-boucher, c'est son métier. Le concert se ramasse, pas de place pour la glose sinon un «Thank You» jeté là pour faire live. Nick enchaîne. Il vomit des rengaines d'amour coupable, des saynètes vétéro-testamentaires. Qu'il débauche en un après-punk de bal métropolitain. Il pourrait vous raconter sa vie, enfoui dans son timbre de contrebasse, les seringues, l'exil, la rage de vieillir (47 ans, silhouette en fil de fer). Il préfère convoquer Stagger Lee, engeance de Black tueur, mythe sudiste. Et le parterre humide, fourmillant, se laisse dégourdir les tympans par ce type dont le charisme par défaut met à terre toute une génération de faux tristes à la noirceur peinte. Nick pique. Toujours.