Ça s'appelle «exploiter la détresse d'autrui». Mais, dicton pour dicton, puisque «bien mal acquis ne profite jamais», la farce de Dominique Ziegler se termine sur des cascades de rires et de sang dont personne ne sort gagnant. Néanmoins, «René Stirlimann contre le Docteur B» à l'affiche du Caveau, à Genève, n'est pas un coup pour rien. Traitant des questions graves d'euthanasie et de pulsions de mort, la salve comique construite comme une satire de film d'espionnage explore les limites du cynisme humain. C'est drôle, parfois lourd, mais toujours poignant.

Soit René Stirlimann, un pauvre hère bourré de complexes et ultra-solitaire, dont l'univers se résume à son emploi d'aide-comptable, ses films pornos et les coups de fil de sa mère. Il veut en finir, on le comprend. Mais, plus encore, le docteur B, qui tire parti de ce souhait. Car le médecin, qui n'a de secourable que le titre, vend à très offrants des déprimés bons à tuer. Si, si, comme du bétail, à bout portant. Résumée ainsi, la pièce de Dominique Ziegler a l'air austère. C'est tout le contraire. Au fil d'un texte qui mériterait de nombreux coups de ciseaux, l'auteur joue des comiques de situation et d'opposition. Comment Stirlimann, l'anonyme, se rêve en célébrité (rires). Comment il reçoit, dans son appartement miteux, le docteur et sa poule pomponnés (re-rires). Comment il croit, en gros naïf, à leur amitié (rires toujours), etc. Tout est pensé pour creuser l'écart entre la victime et son abuseur et la salle pouffe de bon cœur.

Il faut dire que René Stirlimann est interprété par le comique genevois Laurent Nicolet qui, en clown chevronné, fait rire et frémir en même temps. Les adolescents présents dans le public ce soir-là avaient sans cesse ce double mouvement. Et la plus grande réussite de cette pièce, outre son côté délire sans prétention, consiste justement à questionner chaque spectateur sur sa capacité au bonheur. Car, peut-on lire dans le programme, «on a tous en nous quelque chose de Stirlimann»... Marie-Pierre Genecand

Au Caveau, 9, av. Ste-Clotilde, Genève, jusqu'au 20 mai, Rés. 076/596 25 80, 2h30