Au Festival Bach de Lausanne, place à un Français à la voix d'ange. L'avant-dernière étape de cette huitième édition accueille dans les murs néo-classiques de l'église Notre-Dame du Valentin, le haute-contre (ou alto lorsque l'on parle de répertoire italien) Gérard Lesne et son ensemble instrumental Il Seminario Musicale. Coqueluche hexagonale du répertoire baroque, fin slalomeur entre les piquets de genres musicaux aussi éloignés que le jazz, la pop et la musique ancienne, le chanteur présente un programme centré sur les grands noms du baroque italien: Scarlatti, Pergolèse, Corelli et Vivaldi.

Après un long accord des instruments, le quasi-quinquagénaire tout de noir vêtu monte enfin sur scène, l'allure sobre et élégante, les cheveux grisonnants et un sourire malicieux. Les apparences dégagent une assurance qui se fissure avec les premières notes de la soirée, celles du Salve Regina de Scarlatti. Gérard Lesne a une approche de la partition pour le moins énigmatique, difficile à déchiffrer. Son chant attaque systématiquement par un effet de soufflet qui confère au phrasé une puissance croissante. Cela part d'une quasi-aphonie, qui fait croire à la défaillance, et se termine quelques secondes après par une note tenue fermement et avec précision. Un maniérisme qui ne devrait plus avoir de raisons d'être, tant il rappelle ce style adopté par les chanteurs du renouveau baroque à la fin des années 80. Le doute s'installe alors: et si cette technique colmatait les failles d'une voix qui connaît l'inexorable usure du temps? Et si cela n'était qu'un subterfuge pour s'accorder de petits espaces utiles à la recherche de l'exacte intonation? Pensées de mauvais esprit, sans doute.

Des pensées qui hanteront tout le concert, puisque l'interprétation du haute-contre ne changera pas de la soirée, qu'il s'agisse du Salve Regina de Pergolèse ou du Filiae Maestae Jerusalem ou du Stabat Mater de Vivaldi. Elles trouveront leur unique soulagement dans la prestation magnifique d'Il Seminario Musicale. Un ensemble soudé, au jeu très précis qui ne dérive jamais vers la surenchère. Il excelle particulièrement dans la Sonate N° 1, op. 5 de Corelli, où le violoniste Patrick Cohën-Akénine fait preuve d'une virtuosité époustouflante, accompagné par une basse continue aussi élégante que raffinée.