Myung-Whun Chung est un des rares chefs dont l'aura est un aimant auquel le spectateur peut difficilement résister. Car avec les mouvements de baguette du Coréen, c'est une chorégraphie particulière qui s'instaure: des mouvements tantôt amples, rapides et précis – tel un pratiquant d'arts martiaux –, tantôt d'une économie proche du dépouillement zen. A la tête de l'Orchestre philharmonique de Radio France, le chef faisait escale ce lundi au Victoria Hall de Genève, pour un programme qui prévoyait la Symphonie N°6 «Pastorale» de Beethoven et Le Sacre du Printemps de Stravinski.

Deux mouvements pour régler la machine, empêtrée dans un jeu qui manque étonnamment de nerf (la discrétion des vents est plutôt flagrante), et voilà que l'œuvre de Beethoven se transforme rapidement en un champ que les archets labourent avec précision et intensité. L'orchestre éblouit de vivacité dans les danses populaires du premier «Allegro» et traduit l'inquiétude du deuxième avec ces grondements de violoncelles et de contrebasses. Pour terminer, il s'empare majestueusement de l'«Allegretto» qui clôt les thèmes bucoliques de cette œuvre.

Cet état de grâce se poursuit dans la première partie du Sacre («L'adoration de la terre»). Myung-Whun Chung et ses protégés lui confèrent une incroyable profondeur de champ grâce à des phrasés précis et saillants entre les vents et les archets, et à des percussions chauffées à blanc lors des dernières mesures. La deuxième partie paraît moins brillante et claire dans le propos: les thèmes stridents et obsessionnels confinent parfois à la confusion, mais le regard frais et vivace de l'orchestre reste intact.