Qui a peur de Brian Ferneyhough? Qui a peur des violes? Plus personne en ce mardi soir où le public du Conservatoire de Genève découvre que l'histoire de la musique est un continuum. Et qu'il réserve de saisissants contrastes de timbres. Ce qui s'annonçait comme un duel sanglant entre instruments d'époque et instruments modernes s'avère un mariage heureux.

D'un côté, trois violes de gambe – Christophe Coin, Guido Balestracci et Martin Zeller. En face, un trio à cordes – le violoncelliste Daniel Haefliger, la violoniste Isabelle Magnenat et l'altiste Jean Sulem. On joue des polyphonies savantes des XVI et XVIIe siècles, qu'on parsème de pièces bien contemporaines. Chaque voix est une force en soi, les instruments développent un jeu de miroirs. Les Fantasies de Purcell couronnent l'âge d'or du consort of violes en Angleterre. Le terme «fantaisie» est trompeur: rien à voir avec la démarche intuitive d'un improvisateur, il dénote un art consommé du contrepoint que seuls quelques compositeurs savent perpétuer.

Le Trio (1995) de Ferneyhough est un véritable tour de force. La prolifération du matériau instaure un climat d'hypnose: un labyrinthe de sons diffractés. La polyphonie laisse pantois. Mais c'est dans le Satz für Streichtrio de Webern, joué avec un raffinement subtil, que l'émotion est la plus palpable. Créées pour ce concert, les Phantasies du Zurichois Mischa Käser frappent par leur caractère elliptique: des pièces sous forme de vignettes qui relient le monde de la gambe à celui du trio à cordes, avec poésie.