Le ciel ment parfois. Au Poche de Genève, les nuages imaginés par Jean-Marc Stehlé pour Sans Ascenseur, comédie du jeune Français Sébastien Thiéry, ne tiennent pas leurs promesses. Ils définissent un non-lieu, à un jet de pavé du paradis, entre asile et oubliettes. Ils dessinent encore une bulle d'air pour deux éberlués en cravate. Ils préfigurent aussi, c'est le privilège de la hauteur, des chutes comiques à couper le souffle. Cette veine semble d'ailleurs garantie par le nom du metteur en scène: directeur du fameux Théâtre du Rond Point à Paris, producteur naguère à la télévision des hilarants Merci Bernard et Palace, Jean-Michel Ribes règle le mouvement. Mais la mécanique est trop éléphantesque pour faire mouche.

Pas de folle giboulée dans Sans Ascenseur, première pièce d'un acteur qui avoue écrire très vite. Ses deux Messieurs (l'un joué par Sébastien Thiéry lui-même, l'autre par Manuel Le Lièvre) tentent d'extraire la tête du fossé existentiel qui les unit. Ils ont une dizaine de saynètes-rounds pour ne pas s'entre-tuer. Epiés par une serveuse castratrice (Deborah Banoun), ils enchaînent les bas morceaux: Monsieur 1 voudrait écrire un roman, il décoche une phrase qui devrait épater la critique: «J'avais un chat blanc qui s'appelait Delmas» (Chaban-Delmas fut ministre de Pompidou); Monsieur 2 a participé à un concours de chauves, où triompha Vincent Lindon, qui a peut-être triché; Monsieur 1 et Monsieur 2, vaguement ethnologues, opèrent une distinction entre «les petites salopes» et les «grosses salopes» qui «lèchent le zizi».

Bref, c'est l'ordinaire de l'humour gaulois. Un nœud de névroses masculines: Dieu, le sexe, les lotions capillaires qui préservent les toisons miraculeuses, etc. Cette matière-là, c'est du bonheur pour les humoristes. Or ici, elle paraît bétonnée. Si l'absurde tente bien de s'inviter ici et là – usage de lumières mauves ou vertes – le spectacle n'est qu'addition de sketchs. Aucun univers ne se dessine, malgré les efforts des uns et des autres pour injecter un peu d'étrangeté à la blague. Souvent, les acteurs s'apostrophent, juchés sur une chaise. Souvent aussi, ils courent autour de leur repaire d'oiseaux plumés et on se demande pourquoi. Tout est bon – les rictus notamment – pour faire passer la farce en force. Les comédiens ont beau batailler sur un nuage, la légèreté ne s'improvise pas.

Sans ascenseur, Le Poche, Genève, rue du Cheval-Blanc 7, jusqu'au 19 décembre.

(Loc. 022/310 37 59.)