Critique: «Petite Sœur», de Pierre Gripari

Révolution de velours

Rien de tel qu’un déni de réalité pour semer la zizanie au Royaume de France. L’objet du mépris? Une fille qui a eu le tort de naître dans une famille où les petits mâles ont décrété que seuls les garçons avaient droit de cité. Alors, pour ne pas froisser leurs fils adorés – Désiré, Fortuné et Constant –, le roi et la reine baptisent leur dernière-née Claude. C’est ainsi que Pierre Gripari, auteur prolixe pour les enfants, pose les jalons d’une révolution de palais en forme de course d’obstacles haletante.

Sa petite héroïne, intrépide en diable, a conquis Geneviève Pasquier, qui crée au Théâtre des Marionnettes de Genève une version pleine de malice de Petite Sœur, pour comédiens et marionnettes.

L’empathie pour cette fillette au prénom épicène doit beaucoup à celle qui lui donne voix et l’anime du bout des doigts. Pascale Güdel – vibrante Gretel dans l’adaptation du conte des frères Grimm de Cédric Dorier en 2011 – habite avec conviction les sentiments qui traversent son personnage. Surprise, indignation, candeur, courage, franchise. La palette est riche, et on est attendri par cette fougue enfantine. La comédienne campe aussi la reine, épouse et mère altière au début, qui s’étiole puis disparaît avant de ressusciter dans un coup de théâtre, à la fin.

Le jeu, multiforme, est le maître mot de cette adaptation. Celui, juste et précis, des interprètes-manipulateurs (Diego Todeschini, Céline Nidegger et Pierre Spuhler), alternant rôles d’adultes et rôles d’enfants. Et celui qui innerve la scénographie de Christophe Kiss (qui signe aussi les marionnettes). Le Genevois a conçu un décor aux éléments mobiles inspiré des places de jeu en plein air, favorisant la fluidité dans l’enchaînement des scènes et la rapidité d’exécution. On passe ainsi, en deux temps trois mouvements, d’un château avec ses donjons à l’antre de la sorcière, ou encore à la maison du bal des morts.

Partie à la recherche de ses frères – vexés d’avoir été trompés sur l’identité de leur sœur, ils ont fui –, Claude révélera un caractère à toute épreuve. Sa témérité lui vaudra de pouvoir, qui sait, succéder à son père. La révolution est en marche au Royaume de France!

Petite Sœur, jusqu’au 29 janvier. Dès 6 ans, 1h env. Théâtre des Marionnettes, Genève, 022 807 31 07, www.marionnettes.ch