Quel est le point de convergence entre Peter Eötvös, compositeur hongrois contemporain, et Gesualdo, madrigaliste italien du XVIe siècle qui est resté célèbre pour l'assassinat de sa femme adultère et de l'amant? Les insectes. Aussi saugrenu que cela puisse paraître, Eötvös a repris les textes de madrigaux de Gesualdo, où il est question de moustiques et de papillons se consumant d'amour, dans ses Drei Madrigalkomödien. Contraste pour le moins audacieux, mis en scène par l'Ensemble vocal Séquence, mercredi soir, au Conservatoire de Genève.

Musique contemporaine et classique de la Renaissance jalonnent ce concert qui s'ouvre sur les notes de Nuits, pièce maîtresse de Iannis Xenakis. Les douze voix a capella parcourent avec précision et une très grande intensité cette œuvre truffée de sonorités qui confinent au bruitage vocal. C'est que Xenakis invente un langage imaginaire à partir de phonèmes de langues antiques. Par des cris, des sifflements et des chuchotements, il rend hommage aux prisonniers politiques de tous pays, l'œuvre ayant été écrite après le coup d'Etat des colonels en Grèce. D'un geste précis, qui cisèle les rythmes et façonne les voix, Laurent Gay pousse l'ensemble à l'excellence. Seule la Messe à quatre voix de Monteverdi résiste à des interprètes moins unis et poignants.