Philippe Jaroussky est entré récemment dans le cercle très fermé des musiciens classiques connus et appréciés du grand public. Une étape clé, valorisante, mais aussi dangereuse: le contre-ténor doit maintenant éviter d'être catalogué, lui qui jusqu'ici s'est illustré surtout dans les rôles de castrats baroques, avec un talent fou.

Pari réussi, et ambiance tout autre samedi soir à la Salle Métropole de Lausanne, puisque Jaroussky et son complice Jérôme Ducros, au piano, ont rassasié le public avec un savoureux programme de mélodies françaises. Dans ce répertoire largement réservé à la voix de femme, les parfums suaves et éthérés de Fauré (En sourdine, Clair de lune) se font immédiatement enivrants, tandis que les arômes plus corsés manquent parfois de corps chez Franck (Nocturne) ou Massenet (Nuit d'Espagne).

Après quelques plaisirs plus éclectiques - de très belles mélodies de Cécile Chaminade et Guillaume Lekeu - le romantisme finissant de Chausson se révèle un peu pastel. Pourtant, Jaroussky sait parfaitement gérer la puissance relative de ses aigus, et Ducros aère son jeu sans jamais perdre en densité.

Il faut attendre Reynaldo Hahn pour prendre la pleine mesure des possibilités expressives du contre-ténor français. Sa voix, souple et veloutée, enrobe chaque vers d'un legato incroyablement élastique (A Chloris, en bis). Aussi naïve soit la musique, aussi juvénile soit le timbre, la maturité se révèle, là où on ne l'attend pas.