Michael Stipe aura tout essayé. La modestie, d'abord: «Quel merveilleux feu d'artifice nous venons de voir! Nous allons faire de notre mieux, mais je ne pense pas que l'on puisse égaler cela.» La flamboyance ensuite, la marionnette chantante de R.E.M. se démenant tant et plus pour conquérir un public un temps décontenancé par ses lunettes noires et son arcade sourcilière surlignée de rouge. La tendresse, enfin, l'homme s'élançant dans la fosse pour entrer en contact avec les premiers rangs frigorifiés de l'Asse.

Las, près d'une heure durant, rien n'y fait. Coda censément triomphale du Paléo festival dimanche soir, la sauce R.E.M. ne prend pas. Hors du carré de fidèles agglutinés dans l'axe du micro, les quelque 20 000 spectateurs piétinant la boue nyonnaise demeurent de marbre. «Tout va bien?» s'enquiert à intervalles réguliers Michael Stipe, comme pour tenter de restaurer une complicité qui, sur le papier, lui semblait acquise.

Dès les premières notes, pourtant, la machine R.E.M. tourne à plein régime. Guitares de plomb, timbre délicieusement éraillé par la tournée qui s'achève, les charmes les plus vénéneux du trio se déploient sans mesure. Mais en accordant à ses fans, via le Net, la possibilité de proposer les chansons qu'ils souhaitent entendre, R.E.M. leur a peut-être sacrifié la savante architecture de ses shows hiératiques. Temps morts qui se multiplient, déséquilibre dans l'alternance des climats sonores, le jeu des Américains sort fragilisé de ses velléités interactives.

Ne reste alors plus au trio qu'à jouer son va-tout: un tube, énorme, capable d'enflammer enfin la banquise vaudoise. Avec «Losing My Religion», repris en chœur par toute l'assistance, la température monte enfin de quelques degrés. Et R.E.M. d'aligner les perles («Man on the Moon», «Everybody Hurts», «It's The End Of The World As We Know It»), dilatant le temps qui lui était imparti pour battre chaud ce maudit fer qui ne voulait pas rougir.