Le Congrès international Richard Wagner a déployé les grands moyens, dimanche, pour son bouquet final. En coproduction avec les Concerts de la Ville de Genève, l'événement a réuni pas moins de quatre formations sur la scène du Victoria Hall. L'Orchestre de chambre de Genève, le Chœur d'hommes du Grand Théâtre et le Chœur Orpheus de Sofia, tous trois engagés actuellement dans la production de Lohengrin à la place Neuve, ont vu leurs effectifs renforcés par l'Orchestre des Pays de Savoie.

Des effectifs grandioses, à la mesure de la cantate Rinaldo op. 50 de Brahms, pour ténor solo, chœur d'hommes et orchestre. Le compositeur allemand écrivait cette œuvre injustement méconnue entre 1863 et 1868, sur un texte de Goethe. Pris au piège des charmes maléfiques de la magicienne Armide, le croisé Renaud (le ténor) sera sauvé par ses compagnons d'arme (le chœur), qui parviennent à le convaincre de renoncer à cet amour indigne.

Ecrite en mouvements enchaînés, la cantate déploie sur une quarantaine de minutes l'éventail des affects de Renaud, à travers une écriture sinueuse, périlleuse, quasi instrumentale. En contrepoint, le chœur d'hommes répond par des interventions massives et homogènes, expression virile de la raison. Cet univers masculin sied particulièrement à la magnifique orchestration de Brahms, en équilibre entre une forte carrure rythmique et un ondoiement constant des harmonies.

Malheureusement, le chef Christoph Meier et le ténor Donald Kaasch n'ont eu que peu de temps pour répéter; tous deux ont été dépêchés après les désistements successifs de Gleb Skvortsov et de Michael König. Encore aux prises avec le texte, Kaasch peine à habiter pleinement sa partie et à s'ouvrir dans les aigus - il a appris la partition en cinq jours à peine. Le chœur, très puissant, tire son épingle du jeu, tandis que Meier affiche une direction précise et maîtrisée, presque trop propre. A l'image de l'Ouverture Faust de Wagner, donnée en première partie, qui aurait profité d'un peu plus de souffle et de poésie.