Les encouragements lancés dans le Bâtiment des Forces motrices pour faire apparaître Rokia Traoré n'y font rien: la scène tarde à s'animer, ce mardi soir, parce que la salle, elle, déborde, et qu'il faut inventer des places. Il y a quelques mois encore, Rokia Traoré était une curiosité malienne. Aujourd'hui, la jeune auteure-compositrice-interprète remplit les lieux les plus officiels. Entre deux, on a appris que le Mali ne l'a pas beaucoup vue grandir, elle la fille de diplomates, que sa langue a des accents d'Europe, qu'elle a l'oreille métisse, que ses chansons sont comme elle. En résulte une musique africaine d'Africaine migrée, qui ne souhaite pas particulièrement séduire à coup d'exotisme. En résulte une musique qui se joue sur instruments traditionnels mais peut parfaitement s'électrifier.

On saura désormais que Rokia Traoré est une princesse. Gracile, crâne rasé pour sentir les airs. Douce, concentrée, elle va et regarde tout droit. Quand elle n'est pas mangée par sa guitare, l'instrument des récits paisibles où elle laisse glisser sa voix cendrée, elle danse. Pieds à angles droits, bras qui ondulent, Rokia sait envoyer, avec ses musiciens, sa récente collection de pièces à bouger. La grâce s'éloigne un peu, mais vient l'envie de danser dans les rangs trop assis, hélas, pour recevoir l'entier de son énergie limpide.

Ses innombrables remerciements semblent alignés comme des poésies d'élève sage. Ils sonnent pourtant juste comme les mots d'enfants. Comme une bénédiction qu'elle adresse en retour à ceux qui la suivent désormais partout.