Rarement autant d'excuses auront été échangées sur scène. «L'Inspecteur Gadjo» d'abord, confus d'avoir accepté d'assurer la première partie du Rosenberg Trio. Stochelo Rosenberg ensuite, chef de la fratrie, pour être arrivé trop tard et devoir faire sur le pouce le soundcheck . Pour un peu, le public se serait excusé d'être là. Il a préféré prendre son pied avec une musique festive qui réalise, depuis des lustres (depuis Django Reinhardt), l'improbable synthèse d'une virtuosité estomaquante et d'une convivialité inconditionnelle.

Programmée en plein milieu du JazzContreBand, la soirée de mardi à la Salle communale d'Onex était emblématique du festival: quoi de plus décloisonné que le jazz manouche, devenu bien avant sa vogue actuelle un genre dont tous, manouches ou non, se réclament? On oserait même y voir une métaphore du jazz dans son entier. Quand «L'Inspecteur Gadjo» présente «Eleanor Rigby» comme une de ses compositions piquée par quatre jeunes de Liverpool, on le croirait presque, tant est naturelle cette irruption des Beatles en terre manouche. Dans la foulée, les quatre Français s'approprient valses, folklore des Balkans, chanson française, compensant par le travail et l'habileté des arrangements ce qui leur manque en profondeur de champ.

La référence au 7e art s'impose tout autant pour le Trio qui en propose une version cinémascope: ampleur de l'inspiration, respiration du jeu, voracité de l'improvisation, on s'engouffre avec jubilation dans ces espaces vertigineux, suggérés par deux guitares et une contrebasse qui déploient la puissance d'un big band et la richesse de nuances d'un orchestre symphonique. Axant un large pan de leur répertoire sur les compositions de leur Django de héros, ils osent une relecture qui déjoue haut la main le double piège de la reconstitution passéiste et de la modernisation superficielle. Preuve qu'avec eux, comme avec toutes les autres tribus djangovores, le lien vital à cet héritage a été miraculeusement préservé.