Jeudi soir, pour la première soirée des Francofolies de Nendaz, on pouvait courir se réfugier dans la chaleur douillette du grand chapiteau. Et y passer une soirée convenue, mais convenable. Lever de rideau avec Pierre Rapsat, star belge sur le retour. Trente ans de chanson et une quinzaine d'albums, pour une démonstration proprette sur le thème du consensus mou. Candidat suivant, Richard Desjardins, dans une formule solo qui a démontré son excellence lors des dernières Francomanias. Traîtreusement desservi par une salle surdimensionnée et un public dissipé, le Québecois, voix d'airain et cœur en bataille, est cette fois resté largement impuissant face aux éléments. Restait Gilbert Bécaud, pour un show à l'ancienne enrichi, pour le final, d'un chœur d'enfants de la région. Le regard parfois absent, des adresses au public déconnectées, «Monsieur 100 000 volts» n'était pas vraiment au rendez-vous.

Pas de scandale, pas de surprise: on aurait parfaitement pu en rester là, assistant benoîtement à des festivités alpines finalement assez conviviales. Mais on pouvait également s'arrêter quelque 100 mètres en contrebas, devant la scène du «off». Au rendez-vous: une petite pluie insidieuse, un thermomètre en berne et «la plus excitante fratrie de MC's à émerger par ici depuis des années», selon Les Inrockuptibles. Relève annoncée du rap français, Saïan Supa Crew ne s'est pas privé de confirmer sa flatteuse réputation, livrant, devant une poignée de curieux instantanément conquis, une prestation tout à fait impressionnante. Un concert jovial et bondissant, traduction énergétique d'un premier album, KLR, baigné de rap, de ragga, de reggae, de soul ou de zouk. Une trop courte apparition marquée par quelques ébouriffantes batailles de «scratch» vocaux, qui prouve qu'on aurait tort de désespérer, autant du hip-hop que des Francofolies.

Francofolies de Nendaz, jusqu'au 15 avril, rens. au tél.: 027/289 55 89, site Internet:

www.nendaz.ch/francofolies