La chorégraphe Fabienne Berger est fascinée par les images de presse. La preuve dansScreen Sisters où une frise de photos, découpées dans les journaux, longe les côtés de la salle. Filmées et projetées en accéléré, ces images ouvrent le bal d'un spectacle qui questionne le rapport entre réel et virtuel, le corps et sa représentation. Tout au long de la chorégraphie, trois danseuses dialoguent avec un écran où s'affiche leur version en deux dimensions. La caméra divise pour mieux régner avant d'être démantelée par celles qu'elle limitait.

Sur le plateau, un écran. Au milieu de l'écran, une caméra, suspendue, qui balaie la scène de son œil numérique. Face à la toile, trois danseuses, dos au public, apprivoisent leur image. Elles vont et viennent, bougent, sautillent et boxent, testant les notions de cadre et d'aplat. Puis elles découvrent la caméra et en jouent, modifiant notamment la notion de hiérarchie à travers les différences d'échelle. Proche de la caméra, YoungSoon Cho Jaquet, plutôt menue dans la réalité, écrase par sa taille Corinne Rochet et Pauline Wasserman. Plus tard, une interprète en ombre chinoise danse dans sa propre image pré-filmée. Plus tard encore, un miroir de poche pointé sur l'objectif de la caméra crée un nouvel angle de captation. Associée à Bastien Genoux (vidéo) et Jean-Luc Marchina (scénographie), Fabienne Berger a souhaité explorer les innombrables possibilités de la vidéo avant de condamner son artificialité.

On salue cette curiosité, car stigmatiser d'entrée les pièges de la virtualité aurait été facile. Et, dit Fabienne Berger, si les danseuses existent à plein, leur présence live peut rivaliser avec l'impact de leur image sur le public. L'ennui, c'est que, excepté les dernières minutes où l'écran quitte le plateau, la vidéo occupe et préoccupe les esprits. Si bien qu'elle devient une fin, non plus un moyen. Difficile d'échapper à l'empire du visuel, et le propos se fond dans ces manipulations. Normal, peut-être, puisque tout part d'une fascination...

Screen Sisters, à Nuithonie, rue du Centre 2, Villars-sur-Glâne, loc. 026/350 11 00, http://www.nuithonie.ch, 1h15.