Sueurs froides au Verbier Festival. Le ciel n'a cessé de tanguer entre brumes, bourrasques de pluie et éclaircies pendant le week-end d'ouverture. Les artistes étaient sur les nerfs, en particulier Anne-Sophie Mutter qui est entrée vendredi soir sur la scène de la tente Médran avec un visage quelque peu crispé. La violoniste allemande donnait le coup d'envoi dans le Concerto pour violon de Brahms. La salle était bondée pour découvrir cette créature à l'allure féline mise en selle naguère par Karajan.

Drapée dans une robe verte, les cheveux tirés à la manière d'une crinière, Anne-Sophie Mutter met quelques minutes à trouver ses marques. L'acoustique de la Salle Médran tend à éparpiller sa sonorité. On la sent nerveuse, mais au fil du concert, ses gestes gagnent en souplesse et limpidité. On passera sur certains traits virtuoses insuffisamment articulés pour apprécier sa conception sensible et féminine. Les nuances, étalonnées au millimètre près, les sons filés dans l'aigu, cette façon d'étirer les phrases confèrent à son jeu une dimension hors temps. Lyrique et onctueuse, sa sonorité fait merveille dans le développement du premier mouvement comme dans le mouvement lent. Cette vision contemplative frise parfois le narcissisme: la violoniste jette un sort à chaque note, et à force d'étirer les phrases à l'excès, on en perd l'architecture globale du Concerto.

L'Autrichien Manfred Honeck, qui remplace James Levine, n'est ici pas le plus passionnant des chefs. Il faut attendre le Requiem allemand de Brahms pour mesurer ses qualités. Lecture puissante, solidement architecturée, non sans lourdeurs (fugues), qui s'inscrit dans le sillage de la tradition germanique.

L'UBS Verbier Festival Orchestra développe une sonorité cossue typique des orchestres américains. The Collegiate Chorale de New York chante à pleins gosiers, les voix d'hommes l'emportant sur la section féminine (sopranos à l'intonation incertaine). Le timbre séraphique de Miah Persson séduit, mais c'est surtout Thomas Quasthoff qui porte le drame de sa voix grave et sonore qui remplit à elle seule la salle. Le lendemain, Anne-Sofie von Otter affrontait des trombes d'eau sous la même tente. La mezzo suédoise a saisi un micro et invité le public à prier avec elle pour que le ciel s'apaise. C'est dans une paix peu à peu retrouvée qu'elle a interprété des mélodies scandinaves et allemandes. Si l'aigu accuse parfois des fragilités, la cantatrice colore les mots avec tact et intensité. Le pianiste Bengt Forsberg et le violoncelliste Torleif Thedéen l'accompagnent avec ferveur dans sa saga scandinave.

Verbier Festival, jusqu'au 5 août. Loc. 027/771 82 82 ou http://www.verbierfestival.com