Depuis vingt-cinq ans, la compagnie genevoise 100% Acrylique met une belle énergie à questionner le fourbi de la vie. Les hauts et les bas, les envolées et les trous d'air. Avec, précisément, cette clarté d'énoncé souvent binaire. Car Evelyne Castellino défend l'idée d'un art accessible à tous, joyeux et populaire. En témoignent deux récentes créations, Barbe-Bleue et Robin des Bois, opéras-danse qui ont ravi leur public. Et ce dernier spectacle, Topographies, à l'affiche de La Parfumerie, à Genève, QG de la compagnie. Sur un texte de Noëlle Renaude, quatre vignettes du quotidien. Les sorties au grand air, l'univers aliénant du travail, la fadeur d'un rendez-vous raté et les multiples visages d'une famille au complet. Des mots et, surtout, un décor et des mouvements codés pour une approche burlesque de la réalité.

Sur les murs, un champ de pissenlits projeté. C'est l'été. A la campagne, une joyeuse assemblée prend bruyamment ses quartiers. Séances de peinture pour le petit dernier, de bronzage pour les ados et de sexe volé pour les plus âgés. On chante en se badigeonnant de crème solaire, on admire les vaches, leur beauté, on joue au badminton. Seule ombre au tableau, la vieille mère grabataire qu'un des couples doit aller visiter. Périphériques, bagnoles, bouchons: à cette évocation, la scène devient subitement de plomb...

A l'air libre, comme au bureau ou dans un salon confiné, Noëlle Renaude écrit par petites touches de couleur. Parfois sans sujet, ses verbes résument, empilent des actions. En écho à cette écriture rapide, la metteuse en scène et chorégraphe Evelyne Castellino coordonne une foule de partitions parallèles, chacun de ses personnages exprimant, par le verbe ou le geste, son élan du moment. Beaucoup de dialogues croisés, de mouvements enfilés sur un collier aux multiples branches, et, au total, la sensation d'un grand bazar allumé. Dans ce registre polyphonique, la séquence la plus saisissante est sans doute celle du salon. Un dialogue volontairement poussif y est partagé en quatre couples aux états contrastés. Du plaisir à la gémellité, de la langueur à l'aigreur, chaque duo donne son ton, et on salue la belle fluidité de cette parole voyageuse. Par contre, la séquence du bureau avec la gymnastique de l'échelle sociale est trop illustrative pour laisser place au vertige. D'ailleurs, le mouvement général de ce spectacle va plutôt vers l'extérieur. On dira qu'Evelyne Castellino préfère la comédie de mœurs au trouble intérieur.

Topographies, jusqu'au 30 novembre, au Théâtre de la Parfumerie, à Genève, loc. 022/300 23 63, http://www.cie-acrylique.ch, 1h 30.