Comme dans les légendes d'Orient, c'est l'histoire de musiciens qui se transmettent, de génération en génération, le relais d'une science pure. En Inde, au Pakistan, ici en Iran. Ou plutôt, dans une Provence d'exil, où Djamchid, le père venu d'Iran, a élevé deux fils, Keyvan et Bijan, au son du zarb. Ce tambour persan était l'hôte samedi du Festival RePercussions, et en une heure trop courte, au BFM de Genève, le Trio Chemirani remettait la percussion à sa belle et juste place: au cœur et aux origines. Car le zarb, calice de bois tendu de peau de chèvre, perpétue un monde ou le rythme et l'harmonie ne font qu'un. C'est une percussion qui chante, une voix qui bat sous une peau à la respiration sonore.

Sur scène, trente doigts qui palpent, roulent, frottent et frappent, et de ces peaux d'Aladin sort le génie. On l'entend chanter, souffler, ciller, on voit battre son cœur, chahuter les temps que Djamchid le stoïque, le concentré d'attention, bat d'une paume de main. Bientôt, le génie a soif, Keyvan donne à la peau l'eau qui la rend souple, volubile. A six, à dix temps, le Trio Chemirani improvise, traduit des proverbes persans en contes frappants. Et réveille mille et une vies sous les peaux.