Un Piano dans les Alpes, solo musical signé Martine Paschoud à la Comédie de Genève, est un exercice de dévoilement délicat et hardi, une tranche d'histoire à travers cœur. L'actrice y dit «je» pour ébaucher, entre deux fièvres amoureuses ou militantes, le destin d'une génération prompte à monter aux barricades. Cette fugue sur le clavier de la vie émeut souvent, même si la partition gagnerait à être resserrée. L'autobiographie, fût-elle poétique et capricieuse, est un genre rare sur un plateau. La comédienne et metteur en scène Martine Paschoud, la cinquantaine entamée, a osé mettre sa vie en jeu. Elle a fait mieux: sans être ni pianiste ni chanteuse, elle s'est mise au piano, dans le foyer de la Comédie. Dans la pénombre qui convient, elle revisite d'abord en coup de vent l'enfance, pour mieux dériver ensuite vers l'âge adulte qui n'a – par bonheur – rien à voir avec l'âge de raison. Elle chante ainsi, accompagnée par l'accordéoniste Marie-Claire Roulin, ses premiers émois politiques, sa passion pour les pavés de mai, ses échappées en Italie sur les traces de Giulietta Massina ou d'Anna Magnani. Ces portraits miniatures, tout en rimes et en œillades, touchent par leur sincérité. Cette dramaturgie intime bute toutefois sur la tentation du tableau de groupe, lorsque l'actrice fait défiler sur la scène de sa mémoire Andromaque, Nora ou Célimène, comme autant de doubles rêvés. Reste que ce passage-là, fastidieux et attendu, accouche dans la foulée d'une perle: Madame, madrigal éperdu qui transporte très loin.

«Un piano dans les Alpes» jusqu'au 16 avril, tous les soirs à 19 h, tél. 022/320 50 01.