Malgré son succès, malgré son goût immodéré pour les cigares, le violoniste Vadim Repin conserve une rectitude saine qui l'amène à donner des concerts de bienfaisance. Le public est venu nombreux, lundi soir au Victoria Hall de Genève, pour soutenir l'Action Sabrina destinée aux enfants victimes du cancer à l'Hôpital de Genève. Entre l'univers hallucinatoire de Schumann, la magie noire de Prokofiev et l'ultime réconfort apporté par Schubert, la progression du concert reflétait l'urgence d'un élan d'amour. Plutôt que d'exacerber le caractère schizophrène de la Sonate en la mineur N° 1 de Schumann, Vadim Repin et Alexander Melnikov tentent d'unifier le discours. Ces deux-là se connaissent de longue date. Ils font le tri entre les voix primaires et celles qui, à l'image des hallucinations de Schumann, brouillent le discours. Encore plus complexe, la Sonate N° 1 en fa mineur de Prokofiev réveille chez Vadim Repin toute une panoplie de sons. En architecte inspiré, il module ses inflexions pour traduire le caractère lugubre du premier mouvement. On tremble à l'écoute de ces triples croches qui glissent comme des spectres dans une nuance pianissimo freddo. Mais Vadim Repin ne serait rien sans son accompagnateur, Alexander Melnikov. Le pianiste a beau escamoter des traits dans la Fantaisie en ut majeur D.934 de Schubert, son sens de la couleur l'emporte. Parce qu'il perce les voix secrètes des œuvres, le duo parvient à sceller une sonorité unique.