«Je l'aime à mourir», «Encore et encore», «L'encre de tes yeux» et «La dame de Haute-Savoie», notamment, en piqûres de rappel autour d'une formation resserrée et subitement joviale. Au terme de deux heures de blues-rock aux accents folk ou jazzy aussi propres que professionnelles, Francis Cabrel et ses sept musiciens se lâchent. Il est presque 20 heures, Genève s'éveille à peine dimanche au Grand Casino de Genève, au terme d'un concert entamé à l'heure où s'ébranle le cortège de l'Escalade. Ni fifres ni tambours ici mais pupitres de cuivres, basses-contrebasses, claviers, percussions et une batterie de guitares enveloppent le retour en scène soigné du d'Artagnan des rimes ciselées.

Un Cabrel courtois, posé comme à l'accoutumée, qui peine pourtant à comprendre que ces refrains intemporels ne soulèvent aucun chœur dans la salle avant l'épilogue. En général, une prestation de Cabrel est une communion de tous instants. Un rituel aux saveurs traditionnelles. Au sein duquel les couplets intemporels de «Sarbacane» ou de «C'est écrit» doivent susciter autre chose que des applaudissements, même véhéments. Cabrel a beau essayer d'éloigner son chant élégant du micro, guitare acoustique en bandoulière, ou de tenter l'escapade en solo, le Casino reste muet. Et semble aussi timide que le romantique d'Astaffort.

Et ce n'est pas le classicisme perlé des chansons extraites des Beaux dégâts, dixième album qui rompait en mai cinq ans de silence, qui parvient à délier les langues. Pas plus que les antiennes «Les murs de poussière» ou «Petite Marie» replongeant aux racines du répertoire cabrelien ne réveilleront la fibre nostalgique d'un public blotti dans les bras de ses mélodies apaisantes. Cabrel, chanteur-refuge?

Cabrel en concert à l'Arena, Genève. Le 7 juin 2005 à 20h30. (Loc. Fnac,

TicketCorner; rens. http://www.opus1.ch)