Est-ce l'adresse, rue des Délices à Genève? Ou les flammes de deux bougies valsant dans la nuit sous le porche de l'immeuble austère devenu pour l'occasion théâtre? Tout invitait l'autre soir à se transformer en spectateur clandestin au seuil de Toi qui es autre, solo poétique et musical signé Marie-Claire Stambac. Postée devant la maison, un quart d'heure avant le début du spectacle, la chanteuse joue d'ailleurs les fées clochettes aux aguets: elle indique au visiteur l'escalier à suivre, il suffit de se fier à la chute de couturière qui cascade jusqu'aux combles. L'artiste y habite. Elle a converti une partie de son grenier en salle haut perchée. Elle y accueille vingt-cinq spectateurs au maximum, le temps de jouer sa vie sur un piano à queue, et c'est vrai que le charme opère.

Sous les toits, Marie-Claire Stambac est d'abord à l'ouvrage. Elle virevolte, derrière une machine à coudre Singer (celle de sa mère), habile au rapiéçage. Elle fredonne un air de rien comme à la maison, drapée dans un clair-obscur emprunté au peintre Georges de La Tour. «Entrez!», lance-t-elle au retardataire, sans perdre son fil. Mais la voici qui fugue à l'accordéon, avant de passer au piano. Elle dit: «C'est l'histoire de quelqu'un qui est descendu dans la rue et qui t'a rencontré, toi.»

Toi qui es autre est un carnet de voyages, des souvenirs qui brûlent les lèvres au présent. D'une chanson à l'autre, Marie-Claire recoud les morceaux menus de sa vie. Passent ici son père doreur, sa mère couturière, un amoureux qui écorche le cœur, une voisine trop vite disparue. Cette tribu, l'artiste la chérit. Elle ne se résout à aucune absence. Elle-même, elle s'imagine sur le départ, mode de vie, art d'aimer. A la fin, elle s'éclipse, vite. Bonheur de s'échapper en compagnie choisie.

Toi qui es autre, Genève, rue des Délices 27, les ve 5 et 19 novembre à 20 h 30; les di 7, 14 et 21 novembre à 11 h. (Loc. 022/345 25 58).