Elle se cabre sous sa nuisette, Diane Lambert, puis roule sur elle-même, aspirée par le souffle d'Archie Shepp, forte tête du jazz américain. C'est Broadway à Genève. C'est un extrait à vif de Mama Rose, création de la Genevoise Laura Tanner. Tout séduit à ce moment du spectacle: et le saxophone d'Archie Shepp, porte-étendard de la cause noire américaine, et la danseuse. On entend le légendaire «I have a dream» de Martin Luther King et on est saisi. Mama Rose est une intrusion fascinée dans l'Amérique des années 60. Laura Tanner en décline intelligemment les fractures, mais en perd la violence.

Martin Luther King et Malcolm X. La chorégraphe a voulu restituer leurs bruits et leur fureur: la bande sonore mêle discours et standards, des images d'actualité déferlent. Ce travail a sa force. Et Diane Lambert touche juste, lorsqu'elle s'expose en lignes brisées.

Moins heureuse est sa théâtralité. La danseuse change de costume, buste nu sur pantalons à la garçonne, puis revient à la nuisette. Ces changements disent les limites du spectacle: l'habillage comme consécration maladroite d'une mythologie. Voici qu'elle glisse ses mains dans des gants en cuir, histoire de rappeler les poings dressés vers le ciel de Mexico de deux sprinters noirs sur leur podium. Mains en l'air, Diane Lambert se projette en ombre sur une paroi. C'est une pose. Un arrêt sur le cliché. Le genre de maniérisme qui gâche un peu cette matière vive.

Mama rose, Genève, Salle des Eaux-Vives, rue des Eaux-Vives 82-84, je 24 mars. (Rés. 022/320 45 15.)