Une baignoire remplie d'eau. Un homme nu sous un peignoir blanc. Le suspense est intenable mais de courte durée. Oui, l'homme va prendre un bain. Or il annonce la nouvelle avec le ton de celui qui s'apprête à jouer sa vie. L'explication à ce décalage hautement comique entre la banalité de la situation et les attentes du futur baigneur? L'individu se trouve être un scientifique en panne d'idées. Ainsi débute, sous les plafonds ouvragés du Musée d'histoire des sciences à Genève, Tout corps humain plongé dans un volume d'eau, monologue farouchement drôle de Pierre-Louis Chantre, incarné par Mauro Bellucci, qui campe là un mémorable personnage de chercheur prototypique, oublieux de sa vie propre, tendu vers sa baignoire comme devant une invention supra normale, perdant les pédales avec la réalité au point de croire pouvoir revivre les transes d'Archimède en méditant dans l'eau.

Lancé au cours de la Nuit de la science, les 5 et 6 juillet, sous un chapiteau bondé et conquis, le spectacle poursuit sa route quelques soirs encore. Comme tout bon texte, celui-ci suscite une double lecture. Derrière le rire, c'est bien le processus du surgissement de la trouvaille qui se dessine. Jusqu'à l'invocation magique. Poussant au paroxysme la foi illusoire en l'éclair de génie qui foudroie le chercheur (ou l'artiste), le spectacle met à mal le mythe de l'inspiration quasi divine. Au fil du spectacle, un autre portrait s'impose: celui de l'humain pris par l'impérieuse nécessité d'arracher au néant sa part personnelle. Après moult palabres au tableau noir, le scientifique quitte son peignoir et plonge dans l'eau. Qu'advient-il alors? Surprise…

Tout corps humain plongé dans un volume d'eau, les 17, 18, 19 juillet à 20h et le 20 juillet à 18h.