C'est le genre de spectacle qui vous enlève toute envie de manger ou de boire autre chose que de l'eau pendant au moins 24 heures. Qui vous enferme dans son étau et ne vous lâche plus jusqu'à la dernière seconde. Pas forcément agréable, mais d'autant plus extraordinaire. Mardi, sur la scène de Bonlieu à Annecy, cela commence avec le cri dans le noir d'Erna Omarsdottir, jeune comédienne et danseuse islandaise. Cri de femme folle, rauque, qui dure à n'en plus finir. Sur scène, trois chiens empaillés dont un suspendu à des crochets de boucher. Au fond, un petit clébard blanc, bien vivant celui-ci. La protagoniste, l'œil hagard, avale une cuillerée de yoghourt. Laisse tomber le gobelet de frayeur – un petit paquet lancé sur scène du fond de la salle l'a surprise – puis se jette par terre pour laper et lécher la crème jusqu'à la dernière éclaboussure.

Voilà pour l'entrée en matière. Pendant presque une heure, ce petit bout de femme explosive danse l'absence d'amour et la folie qui s'ensuit. Seule comme un chien abandonné, livrée à elle-même, la danseuse fornique dans le vide, ses mains tremblantes nouées dans l'air, dans le dos d'un partenaire qui n'existe pas. My Movements Are Alone Like Streetdogs, une commande de la danseuse à son maître et metteur en scène Jan Fabre pour le Festival d'Avignon 2000, n'est pas une pièce pour âmes fragiles. Elle va droit au cœur, porte en elle ce désespoir heureux qui appartient à ceux qui savent que la vie est faite d'abîmes, et que les anges sont en larmes. Et que c'est précisément pour ça qu'elle vaut la peine d'être vécue.

My Movements Are Alone Like Streetdogs, Théâtre Charles-Dullin, Chambéry/F. Le 7 déc. à 20h30, le 8 déc.

à 19h30. Loc. 0033/479 85 55 43.