«Vous y avez compris quelque chose, vous?» A la sortie du théâtre, beaucoup demeurent interdits. Ouverte sur une mise en abîme vertigineuse, la Fenêtre d'Isabelle Bonillo ne se laisse pas aisément résumer. Polar aux protagonistes dignes d'une partie de Cluedo, exploration ludique d'un fantasme partagé, la comédie montée par l'auteure au 2.21 de Lausanne épouse une thématique vieille comme le théâtre: celle de la scène comme espace des possibles, plateau mental où le songe s'incarne et s'épuise dans un éternel recommencement.

Mais la manière, ici, est insolite. Dans un huis clos cubiste, quatre comédiens se toisent, oisifs et ravis. Jusqu'à ce que James (excellent Miguel Québatte) cède au «syndrome de la cocotte-minute»: dans leur ennui sans mémoire, tous se déboutonnent alors, comme possédés par une histoire qu'il leur faut exorciser. L'on songe au Jardin aux betteraves de Dubillard, dans cette manière de se renvoyer la responsabilité de l'action. Hantés par un fantasme morbide, ces quatre personnages en quête d'auteur découvrent tard qu'ils sont les dindons d'une farce écrite. Et leur zèle à s'y sacrifier n'y changera rien. Portail pousse-au-crime, cette Fenêtre défie les réponses toutes faites.

La Fenêtre, d'Isabelle Bonillo. Théâtre 2.21, Industrie 10 à Lausanne. Jusqu'au 27 mars. Rens. 021/311 65 14.